By | July 21, 2022

Huit femmes accusent Philippe Bond d’inconduites sexuelles

T’es une petite agace, tu me veux >>

Huit femmes ont temoigne a La Presse avoir subi une forme ou une autre d’inconduite sexuelle aux mains du populaire humoriste Philippe Bond, entre les annees 2006 et 2015. Quatre de ces femmes temoignent a visage decouvert.

Cinq des femmes qui nous ont raconte des inconduites sexuelles de M. Bond etaient des collegues qui l’ont cotoye dans le cadre d’emissions de television ou de radio. Les trois autres n’evoluaient pas dans le milieu artistique, elles l’ont croise en marge de ses performances sur scene.

 

Une autre salariee en television nous a affirme avoir ete brievement sequestree dans le vehicule de M. Bond, en 2007, sans gestes sexuels.

Le spectre des comportements reproches a Philippe Bond, 43 ans, est vaste. Il est question de commentaires sexuels deplaces, de touchers non desires, de baisers forces, d’une fellation imposee dans une cabine de toilette pour femmes et de relation sexuelle sans consentement.

Soulignons ici que Philippe Bond ne fait l’objet d’aucune accusation criminelle. La Presse a fait une demande d’entrevue a l’humoriste, qu’il a declinee. L’avocat de M. Bond avait offert une rencontre a certaines conditions, auxquelles La Presse a refuse d’acceder pour des motifs de deontologie journalistique.

Lisez << Philippe Bond se retire de la vie publique >>

Citation d’Alain Nguyen, avocat de l’humoriste : << M. Bond l’a deja affirme via sa declaration sur les medias sociaux et le reitere vigoureusement : ses relations intimes ont toujours ete consentantes et il n’a jamais agresse sexuellement qui que ce soit. Toute publication laissant entendre le contraire constituera [sic] une dissemination de faussete et de rumeurs vehiculees par des sources biaisees et/ou ayant un interet a nuire a M. Bond. >>

Mais selon notre enquete, en 2007, apres une fete de fin de production de l’emission a sketchs Juste pour rire : les gags – dont il etait un des comediens -, Philippe Bond a admis des comportements reprehensibles, sans jamais en preciser la nature.

Dans sa lettre, Philippe Bond ne detaille pas ce qu’il a << dit >> ou << fait >> a cette fete au defunt studio Juste pour rire, boulevard Saint-Laurent.

Mais La Presse a recueilli les temoignages de quatre femmes qui ont subi les frasques de l’humoriste ce soir-la. Parmi leurs griefs : touchers non desires, avances sexuelles insistantes, baisers forces et une sequestration dans la voiture de M. Bond.

Marie-Michelle Emond, alors productrice deleguee de l’emission, nous a declare : << On a fait le tour de la question avec les filles qui ont ete approchees, serrees, agressees. On a aussi appris des choses sur ce qui s’etait passe ailleurs : on a decouvert qu’il etait harcelant avec des comediennes avec qui il tournait sur le plateau. >>

Rappelons que le 1er juillet dernier, l’humoriste Thomas Levac a declare que << Philippe Bond, c’est un violeur >>, lors de l’enregistrement d’une balado du Festival d’humour emergent en Abitibi-Temiscamingue. Cette declaration a fait surface le 12 juillet, provoquant une tempete de reactions dans les reseaux sociaux.

Le lendemain, M. Bond niait toute agression dans un statut Facebook destine a ses 309 000 abonnes : << Toutes les relations que j’ai eues ont ete consentantes, JAMAIS je n’ai ete un agresseur, JAMAIS je ne le serai et je n’accepterai JAMAIS d’en etre accuse sans me defendre. >>

C’est cette sortie sur Facebook de Philippe Bond qui a pousse plusieurs femmes a raconter leurs interactions malheureuses avec l’humoriste au fil des annees. Huit femmes dont nous avons recueilli les temoignages affirment n’avoir jamais donne leur consentement a certains touchers, baisers ou relations sexuelles, notamment.

Philippe Bond est actuellement en tournee pour son spectacle Merci. Il coanime l’emission C’t’encore drole tous les midis a Energie, propriete de Bell Media, en saison reguliere. Il a remporte l’Olivier de l’annee en 2012.

<< Il m’a mis son penis dans la bouche >>

Lisa Matthews avait 20 ans quand elle a croise la route de Philippe Bond – qu’elle rencontrait pour la premiere fois – en 2007. Elle a pris des verres avec lui dans le lounge de l’hotel du Casino du Lac-Leamy, a Gatineau, avec d’autres personnes.

<< Il etait tres cool jusqu’au moment ou je me suis rendue a la salle de bain, nous a-t-elle declare. Il m’a poussee dans une toilette, il a barre la porte et il m’a mis son penis dans la bouche. >>

Toujours en 2007, Mathilde Laurier, comedienne dans Juste pour rire : les gags, etait accoudee au bar lors de la fete de fin de tournage quand quelqu’un lui a tape sur l’epaule : << Je me revire et c’est Philippe qui me frenche, la langue dans le fond de la gorge. Je l’ai repousse. Mon amie me demande ce qui se passe, j’ai repondu : “Je n’en ai aucune idee”… >>

Directrice de plateau en television, Corinne Paquin a relate avoir eu des relations consentantes deux fois avec M. Bond, a partir de 2006, selon ses souvenirs. Mais la troisieme fois a ete << un peu brutale >>, dit-elle : << Il a commence a me donner de bonnes claques puis il m’a sodomisee d’un coup, au complet, sans me prevenir. >>

En 2011, une animatrice de radio a accepte d’aller prendre un verre chez Philippe Bond, dans les Laurentides : << Il a pris ma main pour la mettre sur son penis en erection, je n’etais vraiment pas bien, je suis allee m’enfermer dans la salle de bain et j’ai appele ma mere. >>

Cegepienne en 2006, Sophie*, 20 ans, a assiste a un spectacle d’humour au bar Le Dagobert de Quebec. M. Bond en faisait partie. Sophie etait accompagnee d’une amie, qui s’est aussi confiee a La Presse. Les deux jeunes femmes sont convaincues, ce soir-la, d’avoir ete droguees a leur insu. Elles ne soupconnent pas Philippe Bond de ce mefait.

Mais Sophie dit s’etre reveillee dans la chambre d’hotel de l’humoriste, desorientee. Elle affirme avoir subi des gestes a caractere sexuel dans la douche ou elle dit avoir ete trainee de force, habillee. << Arrivee chez moi, j’etais toute mouillee, et je n’avais plus de sous-vetements. >>

Seize ans plus tard, desormais mere de famille, Sophie declare : << Il etait tres insistant. Il etait dominant, il m’a attrapee fort, en me disant que je voulais. Pour Philippe Bond, c’est comme si on devait toutes etre interessees par lui. >>

Les temoignages recueillis dans notre enquete couvrent les annees 2006 a 2015. Mais dans le milieu artistique, Philippe Bond suscite a ce jour de la mefiance : selon des informations colligees par La Presse, des femmes humoristes refusent par exemple systematiquement de se trouver dans la meme piece que lui.

Ce fut le cas en octobre 2021, a l’approche d’un spectacle-benefice pour Catherine Fournier, alors candidate a la mairie de Longueuil. Philippe Bond etait parmi une demi-douzaine d’humoristes annonces pour la soiree. Mais selon nos sources, des femmes (et au moins un homme) oeuvrant en humour ont alors discretement fait savoir a la candidate que M. Bond trainait une reputation de comportements inacceptables envers des femmes.

L’humoriste Sylvain Larocque, qui etait candidat dans l’equipe de Mme Fournier (il a ete elu conseiller), animait et organisait cet evenement au Theatre de la Ville, a Longueuil : << J’ai recu un appel de l’administration du parti, a explique M. Larocque, mardi soir. Ils avaient un malaise avec les rumeurs entourant Philippe. Je l’ai appele pour lui dire que le parti etait mal a l’aise de l’inviter a ce spectacle. Il a repondu qu’il comprenait. >>

Interrogee a savoir si c’est elle qui a pris la decision de revoquer l’invitation a Philippe Bond, la mairesse Catherine Fournier a repondu a La Presse par un mot : << Oui. >>

* Prenom fictif, a sa demande

De Quebec a Gatineau, un modus operandi similaire

De Quebec a Gatineau, alors que sa carriere commencait, Philippe Bond se jetait sur des femmes qu’il surprenait avec des avances agressives.

La Presse a parle a deux femmes qui decrivent des contacts sexuels non consensuels avec l’humoriste, au cours des annees 2006 et 2007. L’une d’elles a accepte de temoigner a visage decouvert. L’autre a demande de rester anonyme, mais son temoignage est corrobore par une amie que nous avons interviewee.

A Gatineau, Lisa Matthews avait 20 ans quand elle a reconnu un humoriste bien connu dans le secteur des bars du Vieux-Hull, en 2007 : Louis-Jose Houde, qui revenait de presenter son spectacle Suivre la parade. M. Houde etait accompagne de deux personnes que Mme Matthews ne connaissait pas. Il s’agissait du directeur de tournee de M. Houde, Pierre-Luc Beaucage, et de Philippe Bond, qui assurait alors la premiere partie de Suivre la parade.

Avec une amie, Nicole Thompson, elle a fraternise avec eux au bar Aux 4 Jeudis. Quelqu’un a propose de finir la soiree dans le lounge du lobby de l’hotel du Casino du Lac-Leamy, ou logeait le trio. Lisa et Nicole ont accepte : << On a jase d’anecdotes de tournee, c’etait tres drole. Le grand gaillard qui s’appelle Pierre-Luc, je crois, etait tres drole, Louis-Jose Houde aussi. Philippe Bond faisait le clown et il etait tres agreable. >>

Mme Matthews s’est levee pour aller aux toilettes. Il etait tard, 2 h ou 2 h 30 du matin, se souvient-elle. En arrivant aux toilettes, elle a eu la surprise de constater que Philippe Bond l’y avait suivie : << Il y a plusieurs petites cabines. Il m’a suivie, il m’a poussee a l’interieur, il m’a assise sur la toilette et il a verrouille la porte. >>

(Une visite des toilettes en question effectuee par La Presse mardi a corrobore la description des lieux faite par Mme Matthews en entrevue.)

Mme Matthews raconte avoir ete choquee : << Je pensais qu’il niaisait >>, dit-elle. Elle affirme lui avoir demande ce qu’il faisait la. Reponse de l’humoriste, selon Mme Matthews : << T’as envie de moi. >>

La jeune femme dit avoir proteste, en disant a M. Bond que, non, elle voulait juste aller a la toilette : << Le personnage drole qui deconnait au bar, super funny, versus ce qu’il etait dans la salle de bain, ce n’etait plus le meme gars. Son regard etait mechant, il etait tres imposant, tres agressif. >>

Lisa Matthews affirme que l’humoriste lui a dit que oui, elle avait envie de lui : << Je le sais, t’es une petite agace, tu me veux. >>

C’est alors, selon le recit de Lisa Matthews, aujourd’hui agee de 35 ans, que Philippe Bond a sorti son sexe de son pantalon avant de l’enfouir dans sa bouche : << J’ai fige, dit-elle. Il m’a pogne la tete et il m’a dit : “Aweye, tu vas me faire venir, ma tabarnak.” Il a ejacule rapidement. >>

Lisa Matthews raconte que M. Bond est alors sorti de la cabine et s’est lave les mains avant de quitter la salle de toilettes. Sous le choc, la jeune femme est revenue vers le groupe, qui ne se doutait de rien. Elle dit que Philippe Bond l’a ignoree dans les minutes qui ont suivi.

Lisa Matthews a raconte l’episode a une seule personne : Nicole Thompson, son amie qui l’accompagnait ce soir-la.

Mme Matthews, en entrevue, a dit croire s’etre confiee a son amie seulement deux semaines plus tard. Mais Nicole Thompson, en entrevue avec La Presse, a offert une chronologie differente : << Elle me l’a dit dans l’auto, le soir meme. Elle etait en panique. Dans mon souvenir, Lisa m’a dit : “Il m’a force a le sucer quand j’etais a la toilette.” >>

Nicole Thompson se souvient d’avoir vu M. Bond se lever lui aussi, quand son amie marchait vers les toilettes : << Je ne pensais pas qu’il s’en allait dans la salle de bain des femmes, je n’ai pas vu de danger. >>

Lisa Matthews affirme etre allee a la police de Gatineau deux semaines plus tard pour s’enquerir de ses recours. Mais elle dit ne pas avoir ete prise au serieux par des policiers qui, selon elle, s’inquietaient surtout de la carriere de M. Bond : << Quand j’ai vu le genre de questions des policiers, je suis partie. Ca allait etre ma parole contre la sienne. Ca ne me tentait pas de me sentir encore plus degueulasse. >>

En entrevue, mardi, elle a dit songer a retourner porter plainte a la police : << Les mentalites ont evolue >>, croit Lisa Matthews.

Le temoignage de Lisa Matthews recoupe ce que d’autres femmes nous ont raconte comme modus operandi de l’humoriste. Selon des femmes interviewees separement – et qui ne se connaissent pas -, M. Bond semblait presumer par defaut que celles qu’il abordait avaient envie de lui.

<< C’est quelqu’un qui a deux personnalites >>

Agee de 20 ans, Sophie* finissait son cegep a Limoilou quand elle est allee assister a un spectacle d’humour au bar Le Dagobert de Quebec, au printemps 2006. Elle etait avec une amie Marie*. Philippe Bond faisait partie du spectacle.

Les deux femmes, interviewees separement par La Presse, affirment avoir ete droguees, ce soir-la. Elles se souviennent d’etre rapidement devenues groggy apres avoir consomme un shooter. Elles ont ete separees, dans le bar. Precisons qu’elles n’accusent pas l’humoriste Bond de les avoir droguees.

Mais Sophie ignore comment elle s’est retrouvee dans la chambre d’hotel de Philippe Bond, cette nuit-la. Elle etait desorientee. << Je n’ai pas souvenir de tout ce qui s’est passe. Je me souviens qu’il est alle dans la douche, ou il m’a embarquee, habillee. Je ne sais pas si je suis restee dans la chambre 30 minutes, deux heures ou trois heures. >>

Sophie ne se souvient pas d’avoir eu une relation sexuelle avec M. Bond. Mais elle se souvient que son amie, Marie, a appele l’humoriste par le telephone de l’hotel Le Capitole : << Il lui a raccroche au nez. >> Marie a confirme avoir fait ce premier appel, puis un deuxieme : << Au deuxieme appel, je lui ai dit : “Tu mets Sophie dans un taxi et tu la renvoies chez elle.” >>

Sophie se souvient qu’apres avoir raccroche, Philippe Bond etait fache. Il l’a insultee, dit-elle, en la traitant d'<< agace >> et en lui jetant 20 $ pour son taxi.

Arrivee chez elle, Sophie etait mouillee, elle avait mal partout et elle n’avait plus ses sous-vetements, se souvient son amie Marie, qui etait deja arrivee chez Sophie.

La colocataire de Sophie, Esther*, a confirme a La Presse l’etat de deroute dans lequel elle a trouve sa coloc, en fin de matinee. << Elle est sortie de sa chambre, confuse, pleine de bleus. C’est une femme forte, mais on voyait qu’elle etait desemparee, il lui etait arrive quelque chose et elle ne comprenait pas ce qui s’etait passe. >>

Sophie, traumatisee, n’a jamais fait ses examens de fin de session. La psychologue du cegep de Limoilou, dit-elle, a intercede en sa faveur aupres de la direction et elle s’est fait crediter ses cours, pour pouvoir aller a l’Universite a Montreal.

Sophie a passe des moments difficiles, apres cette soiree : << Pendant un an, je n’ai pas ete bien, psychologiquement. J’ai eu du soutien de mon entourage >>, dit-elle, encore secouee, 16 ans plus tard.

De Philippe Bond, Sophie dit aujourd’hui ceci : << C’est quelqu’un qui a deux personnalites. En public, il est charismatique, sympathique. Mais avec les femmes, il est vraiment cru, il m’a traitee de salope, m’a lance mes vetements apres le deuxieme appel de mon amie… >>

Notons que Marie, l’amie de Sophie, connaissait Philippe Bond. Elle avait eu, quelques mois auparavant, une relation sexuelle avec l’humoriste.

M. Bond, raconte-t-elle, etait venu cogner a la porte de la chambre d’un autre humoriste, dont elle etait l’amante. Celui-ci etait absent quand Marie a repondu a la porte : << Philippe s’est jete sur moi, il m’a poussee vers le lit et il a commence a me baiser. Je ne sais pas ce qui lui a donne l’idee que j’avais envie de lui. Je ne l’avais pas invite. Mais il s’est garroche sur moi et il a fait sa petite affaire… >>

Marie insiste pour dire qu’elle n’est pas une victime, qu’elle n’a pas ete traumatisee comme son amie Sophie l’a ete par sa rencontre avec Philippe Bond. Mais elle affirme que l’humoriste ne s’est jamais embarrasse de savoir si elle etait consentante : << Je n’ai pas dit “non”, mais je n’ai pas dit “oui”. >>

Ce soir du printemps 2006, quand Marie cherchait son amie Sophie au Dagobert, elle est allee dans les toilettes des femmes. Elle n’y a pas trouve Sophie. Mais Marie affirme que Philippe Bond est arrive derriere elle : << Il a commence a m’embrasser, il m’a poussee dans une cabine qui etait libre et il a commence a me baiser. Encore la, il ne m’a pas demande si ca me tentait. >>

Quand La Presse a demande a Marie pourquoi elle avait eu le reflexe d’appeler la chambre de Philippe Bond a l’hotel Le Capitole, en esperant y trouver son amie Sophie, Marie a eu cette reponse : << Je me suis dit : “Je le connais, il est bien capable de l’amener a sa chambre malgre son etat.” >>

Avec la collaboration de Mylene Crete, La Presse

* Prenoms fictifs a la demande de ces trois femmes

<< J’ai depasse les bornes >>

Automne 2007. Comme le veut la tradition en television, l’equipe de Juste pour rire : les gags s’est reunie pour celebrer la fin des tournages. L’emission a sketchs muets est distribuee dans une centaine de pays.

Parmi les convives : Philippe Bond, diplome de l’Ecole nationale de l’humour en 2002. Il est present a la fete en tant que comedien de l’emission.

<< Je suis arrivee vers 18 h, et deja, il etait allume, en feu, raconte Corinne Paquin, alors directrice de plateau de la populaire emission. Ca m’avait frappee. Je me suis dit : “Il ne sera pas reposant.” >>

Son intuition etait fondee : le comedien a tellement multiplie les frasques lors de cette soiree qu’il s’en est excuse par ecrit, peu apres les faits. M. Bond a admis avoir << depasse les bornes >> ce soir-la, dans une lettre transmise a ses collegues et que La Presse a obtenue.

En voici un extrait : << Desole de ce que j’ai pu dire ou faire. Je suis conscient des actes que j’ai commis et je suis loin d’etre fier de tout ca. >>

Que s’est-il passe ce soir-la exactement ?

Dans son message, l’humoriste ne precise pas la nature de ses comportements. Mais quatre femmes presentes a la fete de cloture – appele << wrap party >> dans le milieu televisuel – ont raconte separement a La Presse leur experience avec l’humoriste : baisers forces, avances insistantes, attouchements et sequestration dans son vehicule.

Attouchements

Deux de ces femmes ont accepte de nous parler a visage decouvert.

La comedienne Mathilde Laurier discutait avec son amie accessoiriste quand elle a senti la main d’un homme sous son chandail : << Je me retourne, et c’est Philippe [Bond] derriere moi. Je lui demande : “Qu’est-ce que tu fais, man ?” >>

La comedienne rit nerveusement en reaction au geste, mais elle trouve que ca n’a rien de drole.

Le manege recommence deux, puis trois fois, nous a raconte Mathilde Laurier. << Il a remis ses mains dans mon chandail, proche de mes seins. Je me suis mise a courir autour de la table en criant >>, un geste visant a attirer l’attention de ses collegues.

Plus tard, Mathilde Laurier est accoudee au bar du defunt studio Juste pour rire, boulevard Saint-Laurent, avec une autre collegue. Quelqu’un tape sur son epaule. << Je me revire et c’est Philippe qui me frenche, la langue dans le fond de la gorge. Je l’ai repousse. Mon amie me demande ce qu’il se passe. J’ai repondu : “J’en ai aucune idee.” >>

Une autre femme, qui a requis l’anonymat pour ne pas revivre publiquement ces evenements difficiles, affirme aussi avoir ete embrassee de force pendant le meme party.

Corinne Paquin raconte elle aussi avoir passe des moments fort desagreables en compagnie de M. Bond lors de cette meme soiree. Alors directrice de plateau, elle affirme avoir refuse les avances sexuelles de l’humoriste a deux reprises. << Il butinait. J’etais a la salle de bain, la porte s’ouvre et c’etait lui. Je l’ai chasse de la. Plus tard, je suis allee fumer une cigarette au loading dock [quai de chargement], il m’a plaquee contre le mur et j’ai reussi a me debarrasser de lui quand un ami est arrive. >>

Un an plus tot, en 2006, Mme Paquin avait rencontre Philippe Bond lors d’une autre fete de cloture des Gags. Elle a eu une premiere relation consentante avec lui. Puis une deuxieme. La troisieme fois, par contre, a ete << un peu brutale >>, se rappelle-t-elle. << Il a commence a me donner de bonnes claques, puis m’a sodomisee d’un coup, au complet, sans me prevenir. Je me suis cogne la tete dans le mur. Je suis retombee sur le lit, j’ai pleure et il est parti. >>

Elle n’a revu l’humoriste qu’en 2009. Apres cette rencontre, << il m’a appelee dans le milieu de la nuit, a un numero que je ne lui avais jamais donne >>, dit-elle.

Prise dans la voiture

Une autre femme – a qui La Presse a accorde l’anonymat puisqu’elle ne souhaite pas revenir publiquement sur des evenements qui ont ete penibles pour elle – raconte etre montee a bord du vehicule de Philippe Bond, qui devait la mener chez elle apres la fameuse fete de 2007. << Arrive devant chez moi, il n’a jamais voulu me laisser descendre du vehicule >>, confie-t-elle.

Alors assistante a la realisation des Gags, la jeune femme se revoit assise sur la banquette arriere. Le retroviseur lui renvoie le visage du comedien, qui lui fait un clin d’oeil qu’elle decrit comme << coquin >>.

La passagere soutient que Philippe Bond a ensuite brule deux feux rouges a grande vitesse pour l’empecher de sortir du vehicule.

Quand la voiture s’arrete enfin a une importante intersection, elle a << debarque de l’auto en courant >>.

A la suite des evenements, la jeune femme dit avoir fait une deposition dans un poste de quartier du Service de police de la Ville de Montreal, dans Villeray, mais celle-ci n’aurait pas ete prise au serieux.

La femme a du retravailler avec Philippe Bond par la suite. Les echanges sont demeures << strictement professionnels >>, dit-elle, et il n’aurait jamais ete question des evenements de 2007.

Une enquete et une lettre

La productrice deleguee de Juste pour rire : les gags de l’epoque, Marie-Michelle Emond, confirme avoir ete mise au courant de nombreuses allegations d’inconduites sexuelles lors d’une enquete interne au lendemain du << wrap party >> de 2007. Elle etait presente a la fete, mais n’a eu vent des derapages qu’a posteriori.

<< On a fait le tour de la question avec les filles qui ont ete approchees, serrees, agressees, a declare Mme Emond. On a aussi appris des choses sur ce qui s’etait passe ailleurs : on a decouvert qu’il etait harcelant avec des comediennes avec qui il tournait sur le plateau. >>

L’equipe de production a alors aborde directement Philippe Bond au sujet des temoignages qui s’accumulaient contre lui. << C’est un comedien, donc c’etait la face publique d’une production connue mondialement. On ne pouvait pas continuer dans ces conditions-la avec lui a moins qu’il decide de se faire aider d’une facon ou d’une autre. >>

La lettre d’excuses redigee par l’humoriste a ete photocopiee et remise par Mme Emond a une dizaine d’employees presentes au << wrap party >>, tenu au studio Juste pour rire.

Mathilde Laurier etait l’une des destinataires. Elle dit aujourd’hui avoir << le privilege de ne pas etre affectee psychologiquement >> par les comportements de M. Bond. << Je n’ai pas de sequelles, mais ca m’a mise en colere. >>

La defense de l’humoriste sur Facebook l’a convaincue de reagir a visage decouvert, notamment en pensant a ses amies et collegues. << La productrice m’avait dit : “Je ne veux pas minimiser ce que tu as vecu, mais ton cas, c’est le moins pire.” >>

Corinne Paquin a accepte de prendre la parole pour eviter que des comportements similaires se repetent. Elle indique avoir perdu de nombreux contrats puisqu’elle ne voulait plus, d’aucune facon, collaborer avec Philippe Bond.

En 2007, la productrice Emond et son equipe etaient pretes a << reevaluer le dossier >> de Philippe Bond s’il confirmait avoir demande ou obtenu de l’aide psychologique.

<< Il est parti avec ca, dit Marie-Michelle Emond, et il n’est jamais revenu. >>

Radio silence

En 2011, une animatrice radio raconte avoir vecu de l'<< abus >> de la part de Philippe Bond. Elle a requis l’anonymat, puisqu’elle craint les repercussions d’un temoignage sur sa carriere.

<< Il me faisait toujours des calls : “Christi que t’es belle”, “Wow, t’es sexy ce matin”. Il m’a invitee a quelques reprises a aller prendre une biere. J’ai tout le temps dit non. >> La communicatrice, alors au debut de la vingtaine, finit par dire oui. Elle se dit impressionnee par le personnage : << Il a 32 ans, c’est Phil Bond. >>

L’humoriste habite dans les Laurentides, a plus d’une heure de chez elle. C’est lui qui transporte sa collegue en voiture. Il la rassure : << C’est loin, tu peux dormir chez nous, j’ai une chambre d’ami. Tu auras ton espace. >>

Mais a son arrivee, raconte-t-elle, le lit et le plancher de la chambre d’ami sont recouverts de textes de ses spectacles. << Il me dit : “J’avais oublie ca, tu vas dormir avec moi”, en partant a rire. >>

Philippe Bond se serait alors mis en pyjama et aurait rejoint sa collegue sur le divan pour regarder un film. << Il a pris ma main pour essayer de la mettre sur son penis en erection. Je n’etais vraiment pas bien. Je suis allee m’enfermer dans la chambre de bain et j’ai appele ma mere. >>

<< Je n’etais vraiment pas bien >>

La Presse a parle a la mere de l’animatrice, qui a confirme avoir recu un appel de sa fille ce soir-la. << Elle m’a dit : “Je ne suis vraiment pas bien. Je me sens vraiment mal.” Je lui ai repondu : “Prends tes cliques et tes claques et va-t’en.” >>

 

<< Figee >> et << incapable de [s]’en aller >>, sans vehicule pour quitter, la jeune femme reste a coucher. << Je me mets le plus loin possible de lui, le long du lit. Il a essaye de m’embrasser, mais je ne voulais pas. J’ai essaye de dormir. A un moment, je me suis retournee pour prendre une autre position, et la, il m’a embrassee. Il m’a dit : “Je le savais que j’allais reussir a t’embrasser.” Je n’etais vraiment pas bien. >>

Le retour en voiture est << malaisant >>, dit-elle. Dans la station de radio ou elle travaille, le contact avec Philippe Bond, qu’elle croise chaque jour, devient des lors difficile, voire impossible, poursuit l’animatrice. << Je n’etais pas bien d’aller travailler. Il ne m’a jamais parle, il ne m’a jamais regardee. C’etait de l’intimidation. Il m’ignorait volontairement. Il avait profite de sa notoriete du gars de 32 ans. >>

Une amie de l’animatrice a assure a La Presse avoir ete mise au courant, a l’epoque, du fil des evenements.

La communicatrice a recroise Philippe Bond il n’y a pas si longtemps. Il s’est presente a elle comme s’ils ne se connaissaient pas.

<< Je n’ai pas change tant que ca, a reagi la jeune femme, en entrevue. J’ai la meme face. Soit qu’il faisait vraiment le cave et qu’il faisait semblant de ne pas se souvenir de moi, soit il a fait ca a tellement de filles qu’il ne se souvient plus de nos visages. >>

Valerie Claing, secretaire de production de l’emission Les 400 coups, pilotee par M. Bond sur les ondes de TVA, a confie a La Presse s’etre fait taper les fesses par l’animateur. C’etait en 2015. << Ce n’est pas quelque chose d’intense, mais tout ce qui est en lien avec le consentement, ca reste mon corps, ca reste prive. Il n’avait pas le droit de faire ca. Je ne me suis pas sentie bien. Je n’ose pas imaginer ce que c’est quand c’est une agression plus grave. >>

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